mercredi 31 août 2011

WATCH THE THRONE - Kanye West & Jay-Z


Watch the Throne, premier album à la pochette plus clinquante que le cadre que je lui rajoute. C'est baroque, c'est bling-bling, mais c'est du vrai bling-bling. Le bling bling des contes de fées, celui de l'enfant qui collectionne les trésors, les couronnes en or. Watch the Throne c'est l'auto-congratulation que certains trouvent puante, de deux big boss du rap US. La confiance en soi, la vantardise, est une des règles d'or (l'or, toujours) du rap. C'est le jeu et c'est pas la première fois alors je ne vois pas pourquoi ça gênerait. Surtout que si les précédents rappeurs à étaler leur égo sur un CD ont rapidement péricliter - 50 Cent par exemple va bientôt pouvoir revendre les diamants qu'il porte aux oreilles, car il ne vaut plus un centime. Il projette son ombre sur quelques films un peu mauvais -Kanye West et Jay-Z sont et restent au sommet. Les beats de Kanye n'ont jamais été aussi sûrs, les samples variés et inspirés, traités à la fois avec douceur et souvent maltraités (Otis, parfait exemple) mais maltraités pour la bonne cause. Qui d'autre peut oser prendre la chanson Feeling Good de Nina Simone et la massacrer autant? A part Muse hein! 
Parce que quand Kanye la passe à l'essoreuse, à l'autotune, la déforme jusqu'à la laideur pour finalement en faire un morceau de rap des plus émouvants. Le niveau sonore de Mr West se rapproche de l'excellence. Alors oui, il est sous les projecteurs et c'est un enfoiré, les sites ridiculement en manque de buzz s'en servent, les petits twittos qui en ayant écouté trois "Best New Music" de Pitchfork se sentent pousser des ailes de critiques crachent dessus, ne connaissant au Rap que Booba, Theophilius London (je n'ai rien contre lui, ce n'est pas la question) et autres petits phénomènes. J'ai même lu sur les Inrocks que jay-Z n'avait rien fait de bon depuis le Black Album… Je tiens à préciser que le Black album date de 2003 et qu'il a été suivi par Kingdom Come (qui déchire tout, pas besoin d'argumenter plus) et par la BO d'American Gangster (oui c'est du rap de merde ça peut-être?). Quant à Blueprint 3, bien que je n'en sois pas vraiment fan, rien que le titre D.O.A mérite un peu plus de respect, même de la part d'has been à l'humour douteux de chez les Inrocks. 
Bref, tout ça pour dire que j'avais vraiment peur de ce projet, de cette volonté du toujours plus qui animent Carter et West, mais ils m'ont plus que rassuré. Et j'attends toujours les prochains clips (toujours signés par les meilleurs, de Gondry à Jonze), les prochains albums, les prochains concerts éblouissants pour avoir la chance de les voir en live.  

jeudi 19 mai 2011

ROME- Danger Mouse & Daniele Luppi


"Rome n'a pas dû se faire en un jour"


Danger Mouse est un génie.

Je n'aurai normalement pas à argumenter, mais je vais le faire quand même. En moins de 7 ans, il a produit une quantité d'albums magiques (Blue God de Martina Topley Bird, Attack and Release des Black Keys, Demon Days de Gorillaz) , lancé des projets ambitieux (Dark Night of the Soul), démontré que ses talents s'appliquaient autant sur du Hip Hop (Ghetto Pop Life avec Gemini, The Mask and the Mouse avec MF Doom) que sur d'autres genres musicaux (je me mouille pas trop pour les catégories hein : Joker's Daughter et son album éponyme, the Rapture sur Pieces of the People we Love). Il est également fondateurs de deux groupes, Gnarls Barkley d'un côté avec le giga tube Crazy et les deux albums merveilleux que son St Elsewhere et the Odd Couple, relançant ainsi la carrière de Cee Lo Green. De l'autre côté, nous avons Broken Bells, dont j'ai déjà parlé ici, avec James Mercer des Shins. 

Danger Mouse est même un peu provocateur: le mythique Grey Album, mash-up du White Album des Beatles et du Black Album de Jay-Z lui a valu un long procès avec la maison de disques des 4 Garçons dans le vent, son Dark Night of the Soul en a subi les frais et, toujours en conflit avec la maison de disque, il avait décidé de sortir l'album sur le net, ne vendant dans la boîte qu'un CD vierge pour que les internautes puissent se le graver. Anecdote intéressante hein? Il y en a une autre, tout aussi savoureuse. Lorsque Paris Hilton a sorti son album en jenesaisplusquelleannée, Danger Mouse et l'ami Banksy ont acheté un exemplaire, ont photoshopé la pochette, agrémenté de phrases assassines sur le phénomène Paris Hilton  et gravé 500 copies d'un mix signé par le producteur. 500 copies pirates de l'album distribué dans 24 shops de l'Angleterre! 



Les quatre grands noms de Rome en photo façon Kill Bill



Vous connaissez un peu mieux le personnage. Parlons de Rome, album réalisé en collaboration avec Daniele Luppi, compositeur de musiques de films (déjà embarqué par Danger Mouse dans les arrangements de Gnarls Barkley entre autres). C'est un album qui s'inspire des musiques de films italiens, plus particulièrement des Westerns Spaghettis. Avec cet album, Danger Mouse réalise son rêve de créer la BO d'un film qui n'existe pas, mais ce n'est pas tout. Avec Rome, avec la beauté des arrangements, la perfection musicale atteinte, les featurings angéliques de Jack White et Norah Jones (3 chansons chacun), il parvient à créer une infinité de films dans la tête des auditeurs. Il donne le pouvoir de devenir réalisateur grâce à l'imagination, l'inspiration que nous apporte un tel album, sa grandeur, sa puissance. Danger Mouse n'est pas un compositeur, il n'est pas un producteur, il n'est pas musicien, il est quelque chose de tout nouveau que l'on pourrait qualifier de "réalisateur de musique" au sens strictement cinématographique du terme. Rome est un milliard de films soigneusement emballés dans un packaging au design impeccable. 

mercredi 18 mai 2011

Les Hipsters Ont Tué le Cool

Je m'attaque à un sujet aussi grave que sans importance.
Un phénomène qui nous a frappé il y a peu alors que le terme "Hipster" existe depuis les années 40. Oui, oui, farpaitement.
Les amateurs de Jazz, les "White Negros", les vrais hipsters se trémoussaient au son du be-bop. Les vrais hipsters ont aussi parcouru les Etats Unis en faisant du stop Sur La Route. Je ne vous ferai pas un rappel chronologique de toutes les évolutions de cette sous/contre-culture principalement américaine, mais appuierais volontiers sur le mot "évolution" qui finalement décrédibilise totalement le principe même de "hipster" vu que la définition change à chaque décennie. 
En clair être hipster c'est à la base s'intéresser à quelque chose qui n'intéresse pas la majorité des gens, c'est partir à la recherche du cool en partant du principe qu'il n'est certainement pas là où la masse s'agglutine. Mise à part cet aspect prétentieux, superficiel, dans la recherche du cool, on peut aussi y voir une volonté d'être supporters d'une culture (ou de cultures au pluriel) alternatives, de donner une chance à d'autres groupes, à d'autres films, à une culture différente.
Il faut également savoir que les Hipsters ont toujours cherché des alternatives sur tous les plans, et pas seulement culturels. Ceux sont les premiers défenseurs d'une agriculture bio, d'une éducation différente, une politique différente. A tort et à travers d'ailleurs mais nous y reviendrons.
Le seul phénomène qu'il s'agit de décrypter aujourd'hui, la seule question à laquelle il faut répondre, c'est comment ce qui n'existe seulement en étant une sous-culture, l'anti mode, l'underground depuis des décennies soit devenu récemment LA mode ultime. Finalement, les hipsters sont devenus Mainstream. La faute à Twitter, aux Tumblr, au net en général qui a permis une propagation fulgurante de la culture "Cool" de l'avènement de Pitchfork en véritable phare de la musique de bon goût (la question n'est pas de dire pour ou contre Picthfork, simplement de constater son influence sur les goûts des ados/post ados actuels, sachant que de nos jours les trentenaires sont encore adolescents, imaginez un peu…), les memes qui se multiplient plus rapidement que des lapins sous viagra et polluent le web de private joke plus très private, de termes cool, hype, qui entrent rapidement dans le langage courant (je pense à "Geek" "Procrastination" "capillotracté" et…oui oui, "hipsters"). 

(Petite digression:
Sachant que les publicistes sont depuis toujours les descendants de la génération hippie, donc en quelque sorte les porte-étendards de la culture cool, ils imbibent leur travail de phénomènes geek, hype qui leur fournissent une source d'inspiration intarissable et achèvent ensuite la propagation de ces phénomènes (Des exemples? L'utilisation de personnages de Star Wars dans des publicités pour Macdonalds ou Volkswagen ou l'emploi du terme "Procrastination" à toutes les sauces dans une pub dont j'ai oublié jusqu'à la marque). Il est alors assez drôle de constater que la pub n'est plus souveraine comme avant dans les tendances, mais qu'elle n'est plus qu'un relais du web. 
Fin de la digression)

Revenons à nos hipsters. Comme dit plus haut, par la force des réseaux sociaux, de l'influence grandissante de la culture web (qui est à la fois une culture en soi et le relais d'autres cultures qui mutent en passant par le web), cette contre culture, le mouvement hipster (qui n'est même pas un mouvement à proprement parler) est devenu THE mouvement. C'est un comble. Mais ce qui est intéressant est le résultat de ce paradoxe: les hipsters deviennent la principale cible à abattre, la chasse aux sorcières est ouverte, l'épouvantail hipster est la cible de tous les memes, de toutes les blagues cool du moment, il est même utilisé de manière sarcastique et ironique à toutes les sauces sur tous les blogs. Le principal prédateur du hipster est le hipster lui-même. Voilà ce qui résulte de ce paradoxe énorme fruit des fluctuations des modes et tendances au cours des décennies, nous arrivons au point où la contre-culture devient la culture, la mode et l'anti-mode fusionnent. BADABOUM!!!!

En fait, ce phénomène est totalement inintéressant, complètement chiant, ennuyeux, inutile.
D'ailleurs tout cet article l'est. Car je ne vais pas arrêter de faire ce que j'ai toujours fait, à savoir m'enthousiasmer à chaque film de Sofia Coppola, Wes Anderson ou Michel Gondry, je ne vais pas arrêter non plus de parcourir les sites musicaux pour me tenir au courant de l'actualité de mes musiciens favoris. J'aime le rétro à certaines doses (le rétro a de l'avenir c'est bien connu…) j'aime les Wayfarer, les fruits de mon jardin, je ne trouve pas que la chorégraphie de Thom Yorke dans Lotus Flower soit particulièrement "hipsterienne", je pense que le sarcasme et l'ironie peuvent être des traits d'esprit s'ils ne sont pas systématiques… Je vais continuer mon petit chemin en construisant ma culture et ma mode là où j'ai envie de les trouver. 
WARNING!!! 
Oui, il est important de signaler qu'il y a quand même quelque chose de détestable à propos de ce phénomène hipster (plus que le danger de voir certains artistes être imbécilement classés "hipsters" et rebuter ainsi un nouveau public, les artistes susnommés notamment), qu'il faudrait alors baptiser autrement afin qu'ils ne désignent réellement que les tout nouveaux, tout pas beaux coureurs de friperies et de vieux disquaires des années 2000 (je parlerai presque des années 2010). La principale différence et elle est de taille, avec les précédentes générations hipsters, c'est le fond. Au fond, il y a pas vraiment de fond dans la génération actuelle. Il paraît que le mot "hip" vient d'une langue africaine (Sénégalais je crois?) qui signifierait "voir" et donc par extension, avoir une vision, la conscience etc… Ce qui est plutôt intéressant! Il s'agit de trouver une voie différente par la réflexion, une échappatoire par la culture, une recherche constante d'alternative qui pourtant, des décennies après, se retrouve à ne signifier plus grand chose. Les Hippies (baptisés ainsi car ils étaient en quelque sorte les bébés des premiers hipsters) avaient une vision du monde différente, les premiers hipsters aussi, toute l'histoire de la contre-culture américaine se base sur des idées et idéaux forts, argumentés et poussés. Ça ne les empêche pas, ces idéaux, de tomber à plat ou d'être basés sur des raisonnements faussés ou inachevés mais ils ont le mérite d'exister. 

Pour en savoir plus, et rétablir la balance, lisez "Révolte Consommée", une "déconstruction" plus qu'une destruction du mythe de la contre-culture mais avec des tas d'idées intéressantes parmi beaucoup de conneries, je vous laisserai faire le tri. Le bouquin est de Joseph Heath et d'Andrew Potter, aux éditions Naïve. 

lundi 11 avril 2011

Critique de la critique



Depuis quelques années, la critique est partout.
Partout, partout, partout, partout.
Et même encore plus.
Avec les blogs, Twitter, Sens Critique, tout le monde y va de son petit avis, de sa petite parole d'évangile, de sa petite phrase assassine, efficace, accompagnée si possible d'un calembour très rigolo sur le nom du groupe ou de l'album (ou du film etc. etc.). Tout le monde fait ça. Je fais ça. Même ta mère fait ça, tu lui demanderas. Le problème c'est que le web en est désormais envahi, on n'a plus vraiment le temps de se faire un avis par nous-même car avant même la sortie de l'objet culturel, c'est toute la toile qui s'enflamme, se divise en 2, 3 ou 4 avis diamétralement opposés. On trouve souvent aussi un "Mouais Bof", qui s'accorde à merveille avec un "je me suis gentiment fait chier, quoi". C'est là qu'on atteint en général le degré zéro de l'argumentation. Cette posture de blasé implique en général que la personne connaît bien mieux en matière de musique par exemple, vous saisissez l'astuce? 
Sinon il y a la méthode Pitchfork, qui consiste en général à sortir un "C'était mieux avant" démontant un album par rapport aux précédents, un film en comparaison de la filmographie de son auteur, appuyant sur la hantise principale dans le milieu de l'Art (selon moi, humble lecteur, spectateur que je suis...), à savoir la déchéance. Les spéculations sur la perte d'un "feu sacré", d'un "génie" qui se serait effrité au fil des ans ou, souvent, l'argument infaillible du passage du côté obscur, le "MAINSTREAM", vont généralement bon train.
Soit le chanteur/réalisateur/ou autre (entourez la mention de votre choix) a donc perdu son talent, son génie créatif, son étincelle, soit il a vendu son âme au diable en devenant commercial, bankable, rejoignant le grand fleuve du Mainstream (littéralement "flux principal", se dit des oeuvres culturelles que suivent le plus grand nombre). Le match Underground VS Mainstream fait rage depuis trop longtemps pour que je puisse vous dire exactement quand il a commencé, ce que je sais, et ce que tout le monde peut constater, c'est qu'il perd en sens d'années en années et qu'on se vautre doucement dans l'absurde lors de certaines discussions passionnées. 
Les "problèmes" liés à cette effusion de critique sont nombreux (j'ai tout de même mis problèmes entre guillemets, faut pas exagérer non plus):
Tout d'abord, une lutte pour le bon goût qui dénature le vrai plaisir de l'art. Combien d'amoureux de la musique passent finalement leur temps à en détester? Il est plus facile et amusant de descendre que de défendre. D'incendier la moindre tentative, le moindre petit album sans prétention, le dernier film qui tente d'être un peu nouveau. Ou de jeter la pierre à tout ce qui paraît trop populaire (jeter la pierre ou ignorer tout simplement). On arrive ainsi au deuxième problème, qui concerne tout ce qui peut se trouver entre les deux flux, les deux immenses courants que son l'underground et le mainstream. Dans cet alter espace culturel, se trouvent souvent ceux qui ont eu du succès autant auprès des chercheurs de pépites underground qu'auprès de ceux qui veulent de la musique d'ambiance ou pour danser, qui veulent voir un film sans trop se prendre la tête.
Le cas Jamie Lidell est intéressant. Intéressant car il n'intéresse plus grand monde aujourd'hui. Il a commencé dans le groupe Super Collider, développant un univers slalomant entre soul et electronica, mixant parfois les deux avec brio, continuant ses expérimentations dans deux premiers albums solos, Muddin Gear et Multiply. Il était alors acclamé, suivi, écouté par la tranche underground qui surf sur Stereogum et Pitchfork entre autres sites musicaux (je fais partie de cette tranche là par bien des aspects...) et depuis qu'il a sorti Jim, un album plus accessible, plus lisse aussi mais très agréable à l'écoute, où il laisse son côté soul rétro prendre le dessus, il semblerait qu'on l'aie oublié du côté underground mais diffusé sur Virgin. En 2010, Jamie Lidell sortait Compass, son album le plus ambitieux, le plus maîtrisé, le plus juste, éclectique, mature et j'en passe. Mais un peu difficile d'accès comparé à Jim... Du coup, il est passé gentiment inaperçu, un petit 6.6 sur Pitchfork, pas de diffusion Virgin cette fois-ci, pas d'invitation Taratata, pas grand chose d'un côté comme de l'autre. Ainsi, des albums méritant, des films magiques, passent complètement au-dessus ou en dessous de nos yeux et oreilles.
Ce qui me dérange le plus, c'est que souvent les critiques sont applicables. La perte du feu sacré par exemple peut être reprochée à Burton qui depuis son Big Fish, a perdu tout de ses côtés gothique, provocateur, adolescent attardé, pour nous sortir des films pas foncièrement mauvais mais bien plus lisses qu'avant. Sauf Alice qui est plus que lisse. Plat et inintéressant au possible, il parvient même à transformer la fable anticonformiste de Carroll en une histoire à morale bourgeoise qui m'a donné la nausée plusieurs fois pour finalement me faire vomir sur le siège d'en face. 
Vous voyez, la critique est partout.
Etrangement, ce phénomène de critique omniprésente a fait éclore un autre phénomène tout aussi insupportable, que je ne sais pas du tout comment nommer. Il est ce phénomène qui fait que l'argumentation devient un signe d'obstination, de refus d'avoir tort. Ainsi, dès que l'on commence à vouloir critiquer un artiste, un film, on se ramasse souvent un "chacun ses goûts" qui tue le débat, ou l'on se fait taxer de fachos sans vraiment savoir pourquoi. Certains monuments du cinéma ou de la chanson sont devenus aussi intouchables, protégés non seulement par une horde de fans mais également par des médias toujours bienveillants à leur égard. James Cameron peut nous sortir un film sans scénario on ne lui en voudra pas. Johnny Halliday peut continuer à nous casser les couilles comme les oreilles, il ne "faut pas dire du mal de Johnny" (comme le chante Loïc Lantoine). 

D'ailleurs, avant de me faire descendre à mon tour, je vous laisse là, en suspens, à méditer un peu peut-être sur la valeur de nos avis, leur objectivité, leur indépendance face à tant de machines à critiques qui émergent à droite et à gauche (un peu derrière aussi). Surtout, je vous laisse gentiment rigoler sur le fait que j'ai plus balancer de critiques dans cet article sur la critique que dans tout le reste du blog. 

mercredi 30 mars 2011

SLANTED AND ENCHANTED - Pavement



Stephen Malkmus mon amour
ou
"Lethal Doses of Nonchalant Cool"

Ecouter les Pavement à une heure tardive, ça m'a toujours chaviré. J'ai chaque fois ce sentiment diffus et profond à la fois d'être plongé dans cette réalité parallèle des Nineties, sachant que je les ai traversées d'une façon bien différente de celle de Malkmus. Alors je ne devrais pas me sentir familier avec ce qui est raconté ici, je ne devrais pas sentir tout mon être nostalgique de trucs qu'il n'a pas vécu. Il n'y a que les 90's qui me font ça. Et pour moi, les Pavement sont les Nineties. D'une façon qui dépasse l'entendement, la chronologie, ils ne sont pas les Nineties simplement par rapport aux années de parutions des disques. Mais ils sont cosmiquement les 90's. Le son légèrement grunge, ébouriffé comme les cheveux de Stephen, les riffs efficaces, parfois cradingues, la voix qui déraille légèrement, rien n'est lisse mais rien n'est trop repoussant non plus. L'expression n'est pas de moi, mais les Pavement dégagent réellement des doses létales de cool nonchalant. Il faudrait rajouter aussi de la mélancolie. Beaucoup de mélancolie. 
Ce phrasé unique, ce son inimitable (qui lorgne pourtant parfois du côté de Sonic Youth ou de Wilco. Ouais, ça fait bizarre dis comme ça mais imaginez un cercle Wilco qui empiète sur un cercle Sonic Youth, le mélange des deux pourrait être The Pavement), cette énergie du désespoir,… Je serai pas vraiment capable de vous décrire précisément les chansons, mais écoutez Summer Babe (un classique), ou Here ("I was dressed for success, but success it never comes"), Zurich is Stained également… Cet album serait presque un best-of à lui tout seul si Crooked Rain, Crooked Rain ne contenait pas encore plus de tubes! Seulement Slanted and Enchanted a pour moi plus de relief, cette énergie lo-fi, ces expérimentations qui se fondent si bien dans la chanson qu'elles semblent totalement naturelles.

DOSSIER - Boulet (2/3)

Oui, c'est bien la suite du dossier sur Boulet (partie 1 ici), la partie que je trouve la plus intéressante de sa carrière (pleine de promesses), ses NOTES! En 2004, Gilles "Boulet" Roussel s'essaye au blog BD. D'abord pour ses potes, il raconte ses déboires lors de festivals, c'est bourré de Private Jokes mais c'est tellement cool, bougrement cool, vachement cool, que ça attire de plus en plus de lecteurs. Et fort de cet exercice quotidien, le style Boulet s'affine et s'affirme, les notes deviennent plus travaillées et l'univers un peu plus adulte de l'auteur prend forme entremêlant onirique, portaits des travers de la société à la sauce Desproges, des Fan Arts somptueux, un humour vraiment particulier, des références Geeks et Retro, une auto-dérision attendrissante... Et j'en passe. 
Puis en 2008, il décide de rassembler (enfin) ses Notes en recueil sobrement appelés...Notes. Le support papier rend la lecture encore plus agréable et c'est un vrai plaisir de les avoir dans sa bibliothèque, histoire de les feuilleter de temps en temps et de rigoler comme la première fois en relisant une note oubliée de puis le temps. De plus, les couvertures sont vraiment superbes, jugez vous même:



Autre raison qui rend l'achat de ces Notes vraiment valable même si on connaît par coeur le blog de Boulet, les nombreux bonus que l'auteur place à l'intérieur: une véritable trame qui sert de liant à l'ensemble. A partir du tome 4 (Songe et Mensonge), on ressent même une vraie cohérence, une articulation autour de thèmes précis qui rendent le tome plus abouti. On aurait par exemple envie de citer la note "Fuck Peter Pan" dans des dissertations ou dans des débats. Personnellement je m'appuie dessus à chaque fois que je dois argumenter ma vision de l'imagination enfantine. Dans le tome 5, traitant du mythe de la fin du monde, ce sont encore une fois les clichés qui en prennent pour leur grade. Mais l'auteur offre également des réflexions très pertinentes sur notre civilisation. Boulet, en somme, c'est comment être drôle, onirique, pertinent et beau en une seule page.

PS: Je vous faisais languir mais j'y pensais, hein! Voici le plus court chemin pour atteindre BOULETCORP



mardi 29 mars 2011

BICHON - Julien Doré


"Bichon est un album qui montre que l'amour fait un mal de chien"

On entend tout et rien sur Julien Doré. Tout parce qu'il sort de la Nouvelle Star et qu'il est donc plutôt honnêtement diffusé (ondes radios, invité dans les émissions). Rien parce qu'il sort de la Nouvelle Star et qu'il est donc boudé par la police du bon goût et nos amis les Hipsters. Pourtant Julien Doré est plein de talents et il les assemble avec intelligence et subtilité (il est d'ailleurs un des rares "jeunes" à oser chanter en Français et à le faire bien - ce qui exclue Grégoire, Zaz etc vous aviez compris). Sa formation des Beaux Arts fournit à ses textes des inspirations picturales toujours bienvenues et bien placées ainsi que des concepts de pochettes plutôt réussis. Pour ce qui est des clips, c'est son enfance nourrie à la culture télé des années 80 qui parle en priorité, il utilise avec un demi second degré (une sorte de 1,5 degré en fait) les icônes de cette décennie ainsi que les codes sitcoms comme dans "Les Figures Imposées" sur Ersatz
Ce second degré, qu'on lui reproche souvent, est justement appréciable chez Doré qui s'en sert souvent pour finalement laisser passer des doses massives de sincérité, de sensibilité exacerbée, de poésie du quotidien à fleur de peau. C'est d'ailleurs beau de voir le banal, le cliché et l'ironique tourner au final ensemble dans un beau tableau romantique. 
Pour moi, bien que Les Bords de Mer ou J'aime pas entre autres avaient préparées le terrain sur le premier album, c'est ça Bichon. C'est cette peluche ridicule, cette figure tellement photogénique qu'elle en devient presque papier, qui cache pourtant des tonnes d'émotions, du relief, de la profondeur, des chansons superbes sur l'amour, l'attente amoureuse, la solitude, les sentiments mélangés à l'encontre de l'être aimé, la haine et l'addiction, la haine car l'addiction. Bichon est un album qui montre que l'amour fait un mal de chien. Des jeux de mots subtils ou non (l'été Summer), des références du banal comme dit plus haut ("Tiens les clés de la Punto"), le tout servi par la voix toujours agréable de Julien Doré et des musiques souvent créatives et inspirées, sachant aussi jouer sur le minimalisme (BB Baleine) ou l'extravagance inventive (le duo avec Yvette Horner, improbable mais réussi). A noter aussi que le gagnant de la Nouvelle Star 2007 (on fait les périphrases qu'on peut) sait très bien s'entourer et que le génial Philippe Katerine a écrit pour lui la chanson "Homosexuel" (c'est le titre de la chanson, ce n'est pas la chanson qui est homosexuelle. D'ailleurs ça ne voudrait rien dire).